Une semaine que nous avons quitté Battambang la ville de notre coeur, une semaine que nous n’avons pas écrit. Le sentiment qu’il s’est déjà passé une éternité, en 7 jours… Que vous raconter de tout cela ?
Notre au-revoir à la communauté fut un moment très intense et émouvant, lors du dernier repas du soir pris ensemble, agrémenté de Coca (oui oui, nous !) et de biscuits. Chansons offertes de part et d’autres, « discours » des uns et des autres. Et le lendemain matin, à l’heure du départ, forcément. Des larmes pour nous quatre. De l’émotion contenue et des mots forts chez les grands-frères : Nous avons une famille, une grande famille au Cambodge. Qui nous ouvrira toujours les bras avec joie, en substance.
Nous avons « longé » le Tonlé Sap par sa rive sud… sa lointaine rive, très lointaine, car il n’y a aucune piste qui s’en approche, compte tenu de son augmentation de volume au coeur de la saison des pluies. Fuyant la route nationale qui relie Battambang à Phnom Penh et préférant la ruralité, nous avons donc pris au maximum des chemins de traverse. Cela nous rallonge significativement, et nous empoussière tout autant, mais c’est à la fois plus agréable (sauf quand on roule sur des pistes caillouteuses), plus safe, et surtout plus proche de la vraie vie, de la découverte des paysages, cultures, villages, Khmers ! Des rizières à perte de vue, des palmiers, des buffles et zébus, des oiseaux des chaumières mais aussi de très belles maisons sur pilotis, et des scènes de vie, récolte du riz, business de la glace (qui alimentent les glacières de boissons fraîches et autres glaces des échoppes) … La frustration de ne pas pouvoir échanger beaucoup, très peu d’anglophones en campagne, malgré les nombreux cours privés qui se donnent après l’école…






















Nous avons rejoint le village de Kimleang le samedi, pour y passer le week-end avec elle et sa famille. Kimleang, Léonie en parlait dans un article précédent, est une des belles rencontres de Battambang. Elle travaille à l’hôpital où nous nous rendions quotidiennement, sur un programme néo zélandais d’ateliers créatifs de recyclage avec les accompagnants des personnes hospitalisées, et de jeux avec les enfants de la « cour d’attente » des soins traumato. Les filles ont beaucoup joué avec elle, et se sont pris d’amitié, en ces moments particuliers. Kimleang nous a proposé de lui rendre visite dans son village, situé « sur notre route ». elle y rentre chaque week end, retrouver ses deux jeunes enfants et ses parents âgés, pauvres et malades. Kimleang a divorcé, puis a perdu son second mari. la vie est dure quand on est une femme seule avec ses enfants, ici. Kimleang a un grand coeur, un très grand coeur. Je ne puis vous conter son histoire, qu’elle nous a livrée avec confiance. Chemin de vie bien caillouteux pour le coup, à 33 ans. Pauvreté. Etudier coûte que coûte, en cachette, malgré l’interdiction de sa soeur, on n’étudie pas quand on est pauvre, on travaille… Et donner : depuis toujours, Kimleang tente de contribuer à l’éducation des enfants de son village, des enfants pauvres des villes où elle a fait toutes sortes de petits boulots, pour des petits salaires. Elle donne des cours d’anglais, notamment. Gratuitement. Elle a un projet de bibliothèque, de fabrication de briques en bouteilles plastiques agglomérées (la pollution par les plastiques tuera notre planète, s’ apitoient nos filles…) et d’école gratuite du week-end, au village. Sacrée leçon de vie, une fois encore…
Après avoir fait le marché de la petite ville qui jouxte, préparation du repas, tranquillement. L’épluchage des légumes prend du temps… Les filles passeront le reste de la journée… dans la cour de la pagode voisine (décidément !)… à faire du vélo avec les copains !! Oui, oui, car « ça nous manquait vraiment, de faire du vélo -toutes seules-, ça nous fait tellement plaisir, et puis ils sont super, les vélos d’ici, avec leur béquille arrière et leur porte-bagages » :).














Nous avons repris la route lundi, en faisant une incursion sur la rive du Tonlé Sap, pour le revoir avant de s’en éloigner, et visiter Kampong Luong, un autre village flottant, vietnamien celui-ci. Des vies sur l’eau, coûte que coûte aussi : la ville se déplace quand le niveau de l’eau baisse, pour « rester à flot ». Étonnant là-encore… Entre la petite ville de Krakor et le Tonlé, la piste rectiligne traverse un décor de misère : des cahutes sur pilotis, au milieu d’une mer de déchets, plus encore qu’ailleurs… Désolation.








Et c’est là, quelque part au bord du Tonlé Sap, que Doudou se sera perdu, très vite ramassé à n’en point douter par un enfant… 2 allers-retour et une très grande motivation familiale pour le retrouver, mais il est resté introuvable. Aussi anecdotique cela puisse-t-il paraître, comparé à la dureté des vies croisées ici, après l’accident et ce à quoi nous avons échappé, la perte de Doudou nous a plombé la journée. Les parents comprendront… Doudou faisait partie de la famille et de notre quotidien depuis 9 ans, il était pour Léonie « ce qu’elle avait de plus précieux, avec papa, maman et Adèle ». Mais elle a géré admirablement la perte, a pris beaucoup de recul, et des armes pour dépasser ce chagrin. Avec la décision d’être plus responsable de ses affaires, de « sa vie » dorénavant… Une étape donc sur le chemin… Adieu Doudou, on t’aimait bien.
L’itinéraire se complique ensuite un peu, car les pistes ne sont pas très nombreuses au sud est du Tonlé Sap, pas permanentes, et avec beaucoup d’eau par tout. Nous fouillons Mapsme, Google earth, notre carte papier… Ce soir l’itinéraire est identifié, reste à prendre le bâteau demain, depuis la ville de Kompong Chnang où nous sommes arrivés, pour rejoindre une autre rive et une piste qui devrait nous permettre de rejoindre Kompong Cham puis Kratie sans trop redescendre au Sud… Une ville de bord de fleuve, avec l’ambiance qui va avec… Top. Quelques bâteau « à touristes »… désespéramment vides, on n’est pas sur un site très touristique. Au loin, « l’Indochine », un bateau de croisière de luxe…





Nous dormons toujours dans les pagodes. Expérience chaque jour renouvelée, car chaque jour différente, étonnante, géniale ! Ce soir on a proposé la Guest House, étant en ville… mais les filles (et nous !) ont préféré la pagode ! L’accueil y est variable, les lieux peuvent être assez différents (les pagodes rurales sont beaucoup plus humbles, moins dotées en donations, moins habitées…), mais on y trouve toujours l’essentiel : un sentiment de sécurité, de quiétude, des jarres pour se laver et laver notre linge (quotidiennement :)), un lieu à l’abri (des regards) pour poser la moustiquaire de la tente et nos vélos, de la bienveillance. Parfois un moine anglophone. Parfois un peu, ou beaucoup de boissons et de nourriture. Parfois les psalmodies des moines. Et surtout cela nous donne à vivre de l’intérieur des moments de la vie quotidienne des moines… Un exemple, avant-hier, jour de pleine lune, jour important pour les Bouddhistes. Bon, on ne savait pas, et la fête a démarré à nos pieds (littéralement), vers 5h du matin, avec la sono bien sûr… On a assisté à toute la cérémonie, qui s’est terminée par un petit déjeuner gargantuesque avec les nonnes, fait des restes du repas des moines, lui-même constitué de donations des villageois… nombreuses en ce jour important. Expérience exceptionnelle !!! Cette nuit-là nous n’avions pas très bien dormi il faut l’avouer : l’ombre d’un moine a rôdé toute la nuit de l’autre côté de la grille de notre « salle des fêtes » d’accueil… Imaginez une ombre immobile, à 10 mètres de vous, au clair de lune… La nuit, tous les délires sont permis, même si raisonnablement on pense que le moine avait été posté là pour veiller à notre sécurité !!!
Ce soir c’est grand confort et apothéose de l’accueil : nous dormons sur tapis, sous l’oeil des bouddhas bien sûr… mais aussi sous celui du moine de rang 5, qui tient là sa « permanence » de fidèles (à nos yeux il accomplit une mission de gourou, de devin…), et a sa chambre tout à côté. On a assisté à diverses « consultations », reçu fruits, boissons à n’en plus finir… Et il nous a commandé à manger, effaré de nous voir entamer nos noddles soupes en sachet, qu’il nous a sommés de ne pas manger !!! D’ailleurs, ce fut une journée comme ça : depuis ce matin tout ce qu’on a mangé ou bu nous a été offert… Même la marchande de café (café au lait concentré sucré sur glaçons… on adore !) a refusé de nous faire payer, ayant pitié de la route que nous avions à faire et craquant (une de plus !) pour nos deux blondinettes charmeuses !














Bon hiver à tous, nous aussi c’est l’hiver, si si (on sort même polaires et duvets, le soir, souvent…). 31 degrés ce jour, sinon… 🙂
Post scriptum du lendemain matin, après une nuit agitée par vomissement et diarrhée d’Adèle… Finalement le riz aux fruits de mer a été plus indigeste que les noddles soupes en sachets !! On passe la matinée aux côtés de « notre » bienfaiteur, en attendant le bateau, laissant Adèle se reposer, et les deux soeurs prendre le temps de jouer. Scènes détonantes ce matin encore, du lavage du cochon aux fidèles qui passent… Le moine qui donne 10 dollars à chacune des deux filles (il est assez « autoritaire », on sent qu’on n’a pas le droit de refuser ses « offrandes » !…). Il ne sait plus quoi nous donner de plus que tout ce qu’il nous a donné je crois !!!
Philippe échange avec lui grâce à Google traduction… Je reprends cet article, le chargement des photos ayant bloqué hier soir, me supprimant une partie du texte au passage (:(. Adèle comate. Léonie travaille, seule, merci Doudou… On est bien !








Belle article d’aventuriers, belle prose, comme si on était with you…Bizz
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