27 janvier 2020. Trois mois que nous avons pris l’avion. La moitié du voyage. Une perception du temps modifiée par notre quotidien d’itinérants : le changement et la découverte quotidienne de nouveaux lieux étire le temps. Parfois en deux ou trois jours il nous semble s’être écoulée une éternité !
Ce 27 janvier est jour de pause imprévue, portés par nos ressentis du matin. Je me suis réveillée en disant sans y penser « je ne serais pas contre une seconde nuit ici, elle était trop bonne ! » : au chaud sous nos duvets après une journée physique et froide (oui oui on a eu froid !), un silence presque assourdissant, avec des coqs qui ont chanté à l’heure dite pas avant (du jamais vu en 3 mois !), pas de chiens, pas de sono, pas de karaoké. Juste le gong des moines à 6h15, parfait ! Un peu plus tard, alors que nous étions dans une discussion passionnante avec Khin, le moine qui nous a accueillis hier soir, celui-ci nous propose de rester la journée et de dormir ici une seconde nuit… Nous nous regardons, connaissant déjà la réponse de chacun des 4 membres de l’équipage :
- on se sent bien ici, les filles jouent (au sable, pour changer !) et sont motivées pour participer au chantier de l’énorme stupa en cours de construction dans la pagode. Les ossements du moine birman à qui sera dédié l’édifice sont déjà arrivés, et sont gardés par le moine le plus vieux. Il paraît qu’ils ont la consistance de la pierre, et qu’ils ont des couleurs incroyables…
- c’est l’occasion de passer une journée entière dans une pagode, de mieux en cerner la vie ;
- il fait un temps maussade, froid (12 degrés ce matin…) et de la pluie est annoncée. Mystère de la météo des jours derniers, la géomorphologie des lieux peut-elle influer sur le microclimat du massif karstique dans lequel nous sommes, à seulement 600 mètres au dessus du niveau du Mékong ?!!!
- Khin, qui nous a donc accueillis hier soir après 17h (il fait nuit à 18h), fourbus et transis, alors que nous commencions à penser devoir pédaler jusqu’à la ville de Laksao faute d’hébergement (aucune guesthouse ni pagode depuis un bon moment), est réellement anglophone (le 1er rencontré au Laos) et « érudit »… Et nous avons encore 1000 questions à lui poser !
- on bien roulé les trois jours derniers, avec un col puis 100 kilomètres de montagnes russes sur l’itinéraire de la fameuse « boucle de Thakhek », dans les monts de Kharouane. Rares y sont les cyclistes, « the Loop » se fait quasi systématiquement à scooter/moto… Mais on a eu envie de s’y risquer, et on ne regrette pas : le vélo nous « décale », tout en nous rapprochant des paysages, des locaux, de l’inattendu, et c’est grand bien !
On avait prévu de rejoindre Laksao aujourd’hui, d’où nous devons faire un aller-retour express au poste-frontière avec le Vietnam (à 33 kilomètres de là) pour y renouveler nos visas, qui expirent le 29 janvier…
On reste !
Au pays de l’ethnie Maye, nous sommes donc aujourd’hui au rythme de la pagode. Les quatre moinillons travaillent sur le chantier avec les volontaires du village, et nos deux volontaires de filles. Tranquillement, sans heurts, sans bruit presque. « Notre » moine est l’architecte bâtisseur. Improvisé, après des études d’économie et de mathématiques…, mais la méditation quotidienne lui donne un esprit clair qui lui a permis de construire le stupa, nous explique t il. Il est également l’enseignant et le guide des novices. Et il passe quasi toute la matinée et la fin de journée à discuter avec nous, tranquillement. De tout, de bouddhisme, d’économie, de culture, de politique…
Repas Maye (7h et 11h30, deux repas maximum par jour, et avant midi), avec des sauces d’accompagnement du sticky rice qui sont quasi exclusivement tirées de plantes et arbres de la forêt. Certaines ont réellement un goût d’herbe, et c’est bon ! Pas trop épicé, ici, chouette on peut goûter à presque tout. Du poisson et des œufs en sus. Bref on a de quoi récupérer de ce côté aussi après le régime assez austère des jours derniers !
Ces journées de récupération, qui ponctuent le voyage et s’invitent assez naturellement, à l’écoute des besoins des uns et des autres, sont essentielles. Pour le repos, pour ne pas créer de lassitude, pour laisser chacun satisfaire à d’autres besoins : jouer, travailler, écrire, lire, dormir, laver le linge, nettoyer et réviser les vélos, regarder la vie autour, étudier la suite du parcours, trier les photos, batailler pour les mettre en ligne bien comme il faut (:)), chercher réponses aux questions, être tranquilles… Comme pour faire et défaire les sacoches, on est désormais bien rodés sur ces journées-là aussi… On a pris des habitudes, et la répartition des tâches s’est faite toute seule… comme à la maison !!!
Nous sommes entrés dans des paysages plus montagneux, qui nous accompagneront sur tout le Nord Laos, et serons exigeants au point de nous obliger à poser les vélos, on le sait. Le voyage se fait varié, et c’est bien aussi. Même si Adèle a vécu sa « pire journée du voyage » le jour où nous avons fait un saut de puce (Muang Phin – Thakhek) en bus : attendre, rouler, attendre, rouler… A suivre !
Quelques photos pour illustrer le propos de ces jours derniers, car quand-même : c’était beau (les reliefs !), un peu dur aussi (la longue et les nombreuses montées pour Adèle, les ravitos pas très achalandés), mais facile quand-même (du goudron tout du long !), esthétique et triste (tous ces arbres morts, noyés dans l’eau), étonnant (les pagodes qui les trois derniers soirs surgissent en pleine campagne, au moment où nous en avons besoin, fin de journée ou juste avant la pluie, sans questions d’autorisation des autorités du village, avec un accueil différent mais enthousiaste et bienveillant à chaque fois), magique (la baignade à la frontale dans la rivière traversant une grotte !), questionnant (les dommages des énormes aménagements hydroélectriques du secteur sur l’environnement et donc les ressources vitales des populations locales), drôle (la séquence karaoké, Léonie accompagnant le moine à sa « marche nordique » du matin), austère et triste aussi (les arbres morts encore, les paysages froids traversés avant de redescendre du plateau) :
On vous embrasse !











































Un grand merci à tous les 4 pour ces jolies photos et tous vos commentaires sur ce superbe periple que nous attendons chaque semaine depuis votre départ, un régal qui nous évade
Beauté des paysages et plaisir de la découverte
Profitez de cette parenthèse hors du commun et belles routes à vous
On vous embrasse des Herbiers
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Merci pour ces meilleurs moments partagés.
Bises à vous 4
Carole
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