J4…

Fin du quatrième jour de « confinement » volontaire (le confinement obligatoire n’est pas -encore ?- en place ici)… Comme vous tous, nous comptons les jours… ce qui nous a d’ailleurs valu un beau fou-rire au petit déjeuner hier matin, Philippe demandant très sérieusement : « Ca fait combien de jours que l’on est là déjà ? ». Euh… deux seulement !!

Les lieux sont paradisiaques, et protégés. Un îlot entre mer de Chine et palmeraies, un îlot de calme absolu, si ce n’est les chants incroyables voire saugrenus des oiseaux (il faudra qu’on les enregistre et que l’on vous fasse écouter !). Quelle chance inouïe avons-nous eu ! Nous devons une fière chandelle à Claude. Au delà de la générosité, c’est aussi prendre un risque sanitaire, pour son personnel, que d’accueillir des étrangers voyageurs… Chapeau. La vie est facétieuse, car comme lors de notre immobilisation forcée à Battambang, notre bienfaiteur est connecté à la Savoie, à Albertville même : il y a des amis que nous connaissons, il y vient très régulièrement ! Incroyables connexions, à l’autre bout du monde…

Nous sommes donc bien, très bien. Passons beaucoup de temps dans l’eau, que pour ma part je redécouvre et apprécie même vraiment ! Piscine et mer à la température d’un bain. Petit poisson Adèle n’eût pas rêvé mieux ! Philippe s’est fixé comme objectif d’initier ses femmes au surf et à la planche. On a commencé avec nos auto-gonflants, séance découverte ! Pas de matériel ici ni à proximité, cette portion de la côte n’est pas touristique. Mais notre homme est pugnace, et il a trouvé du vieux matériel au fond de la remise de l’hôtel. Je ne doute pas que nous le testerons, une fois bricolé ! :).

Le temps étant plus que jamais le cadeau du moment, nous en avons aussi davantage pour faire école bien assis à une table. Nous profitons de tout le matériau que les enseignants des filles adressent aux élèves, et rejoignons ainsi un peu les copains d’école. Maître, maîtresse, teachers, vous nous impressionnez par votre engagement, votre générosité, votre bienveillance à l’égard des enfants et des familles. Un grand coup de chapeau !

Les deux premiers jours nous sommes restés parfaitement confinés dans l’enceinte de l’hôtel. Quelques heures de psychose de l’avoir attrapé, ce satané virus (mais non). Et puis il nous a fallu, il nous faut encore, accueillir la tristesse et la nostalgie. Accepter d’être immobilisés après 5 mois en mouvement. Accepter d’être coupés des gens d’ici, des vendeurs de rue, des gens des campagnes, des gens des pagodes… Accepter de se dire « c’est fini », alors que le voyage tel que nous le souhaitions se termine de manière prématurée, brutale et dans le stress, avec la menace sanitaire et son cortège de questions qui habitent nos esprits… Rien de grave ni de dramatique en soi bien sûr. Il est des situations autrement plus compliquées ces jours, et toujours. On relativise, mais on est quand-même tristes… On est encore en Thaïlande mais on n’est plus en voyage. Étranges sensations.

Alors que je « méditais » tout cela l’autre matin, j’ai tendu l’oreille au jeu d’Adèle et Léonie, qui -miracle de l’enfance-, se réinventent le voyage et transcendent les lieux : les voilà habitantes du Mékong (la piscine), vivant sur une maison flottante (sous la passerelle de la piscine), se déplaçant grâce à deux barques (leurs deux auto-gonflants, décidément polyvalents !). « On va emmener des offrandes à la pagode (une sculpture murale près de la piscine), d’accord ? » « OK, et après on ira visiter BouddhaBis : il a presque atteint l’éveil et il explique aux gens comment il faut faire ». J’ai donc bénéficié moi aussi des conseils de BouddhaBis, et vous en fait profiter, sans retouches ! :

  • Il ne faut pas avoir de bateau à moteur, seules les barques que l’on fait avancer avec les bras sont permises. Ca va plus doucement, ça ne fait pas de bruit, ça ne pollue pas ;
  • il faut être zen, et jamais speed ;
  • il faut méditer tous les jours, au moins une demi-heure ;
  • il faut vivre dans l’eau, ou sur l’eau ;
  • il ne faut pas avoir plus de trois barques. Une seule c’est bien. Parce que si on est riches on a toujours envie d’acheter quelque chose, et on n’est jamais satisfaits. On a trop de désirs. Tandis que si on est pauvres on est contents avec ce que l’on a, on n’a pas de désirs, puisque l’on ne peut rien acheter !

(PS : On est en train de lire l’histoire du Bouddha racontée aux enfants, pour éclairer tout ce qu’on a vu et entendu dans les pagodes… et la raconter aux copains, au passé simple et à l’imparfait ;)).

Nous avons ensuite eu droit à une visite guidée et historique de l’hôtel (en barque bien sûr), avec notre guide Adèle. On y a retrouvé un peu d’histoire de Sukhothaï et d’ Ayutthaya. Génial !

J1 et J2 donc. Au troisième jour (hier), nous nous sommes offerts une belle balade en longeant la plage, quasi déserte, donc sans risques. Ce fut le moment Bouddha de la journée pour tous les quatre. Les filles commencent à percevoir plus réellement que la pause sera davantage qu’une pause. Adèle, qui pendant le voyage a eu le plus besoin de pauses, de guesthouses, d’un lit et d’un endroit à elle, de quelques « restaurants pour les touristes », bref de tout ce qui rassure… Adèle en a marre de manger au restaurant et voudrait dormir dans une pagode. C’est plus rigolo, on voit des choses, on voit des gens, on va dans la « cuisine » et on aide, on se fait des copains… Léonie en a « un peu marre, un mois ça va être long ! », elle voudrait « voir la vie des gens ». Elle a dévoré des yeux toutes les scènes de vie offertes par le voyage à vélo pendant ces mois, elle ne s’en lasse pas. Nous sommes heureux de nous rendre compte de cette transmission. Ce qui nous fait vibrer est bien là, dans la relation et la découverte de l’Autre. Ecole de la Vie.

Aujourd’hui, J4. Après avoir pris les conseils et l’assentiment de Claude, nous avons… enfourché les vélos. En s’interdisant d’aller au marché, en prenant des précautions. Nous sommes allés rouler le long de la côte, sentir un peu, de loin, la vie d’ici. Pique-nique sur la plage du village situé à une quinzaine de kilomètres d’ici. Baignade. Nous avions aussi quelques achats à faire. On sent qu’en quelques jours la peur s’est installée. On sent que la majorité, et nous-mêmes, veillent à maintenir une distance physique importante. On se lave les mains au gel hydroalcolique en entrant et en sortant des échoppes, qui toutes en mettent à disposition. Rares sont les personnes qui ne portent pas de masque, désormais. Ca fait bizarre. Vous connaissez cela mieux que nous.

Tous les jours nous devons prendre notre température (au « pistolet »). Moment de stress, intense pour les minettes. Hier une autre famille de Français voyageurs est arrivée, par le même canal. Prise de température. 37.9 pour la maman, qui se sentait parfaitement bien. Tous les quatre (deux enfants de 8 et 11 ans) ont été de suite confinés dans une chambre, ainsi le veut le protocole de l’hôpital… qui a annoncé d’emblée 14 jours de quarantaine ! La mesure s’est détendue aujourd’hui, la température étant redescendue. On était soulagés avec eux. Ils peuvent à nouveau sortir de la chambre ce soir, mais ne doivent pas nous approcher à moins de 2,50 mètres ni se baigner en même temps que nous. On comprend bien évidemment les précautions prises. Nos enfants, tout comme les vôtres, vivent de drôles de choses… Pas simple.

Voilà. Un texte peu illustré cette fois. Un récit qui vous aura moins dépaysés… Mais vos messages, si précieux (désolés des réponses qui traînent ou n’arrivent pas…) nous invitent à poursuivre l’écriture… Je termine en vous partageant l’épigraphe d’un livre entamé hier, et qui dit, par le plus beau des hasards -encore ! :

« Le seul véritable voyage, le seul bain de Jouvence, ce ne serait pas d’aller vers de nouveaux paysages, mais d’avoir d’autres yeux, de voir l’univers avec les yeux d’un autre, de cent autres, de voir les cent univers que chacun d’eux voit, que chacun d’eux est. » Marcel Proust

Incroyable non ?!! Et je me dis alors que cette expérience subie et si étrange de confinement est elle aussi un voyage, un rendez-vous personnel et familial à ne pas manquer. Comme « l’autre voyage », elle est l’occasion d’interroger notre vie sur la Pacha Mama, nos choix, pour changer des choses, et d’autres pas. On ne va pas gâcher ça tout de même ! La Vie nous parle, toujours.

Ne pas oublier de dormir une nuit sur la plage, avant de partir.

Bonne semaine à tous, bon courage, bon voyage !

Un commentaire

  1. Salut les amis. Bien sympa votre cadre de vie. Philou va pouvoir harponner du poisson pour le griller sur la plage. le top chef local simple et délicieux! prenez le temps de l’immobilité. comme le chantait dans ma jeunesse Yves Simon « -Monsieur Gregory CORSO,poète, qu’est ce que la puissance ?
    -« rester debout au coin d’une rue et n’attendre personne ! »
    L’immobilité du corps ( mais vous n’en êtes pas encore là ) c’est aussi la possibilité du mouvement vers soi pour mieux comprendre ce qui nous met en mouvement. L’immobilité du corps peut être une chance qui permet de changer le regard sur le monde. Cette immobilité est rarement volontaire ( pour moi 4 mois sur un lit dans un service de soins intensifs. expérience déterminante. Le corps immobile dans une ville que je n’ai jamais visité ! )
    Vous serez prêt pour une émission de télé réalité. Nous ferons la location d’un poste !!
    Pour les nouvelles d’ici, point positif du jour: Karim paraît sorti d’affaire après 8 jours de grand danger. La carcasse tousse encore beaucoup et la voix est faible mais ça remonte. Je plante, sème, prépare. Les plants de courges sont sortis, début des tomates. Vous aurez de quoi mettre dans le jardin en arrivant. Nous allons bien mais nous sommes avantagés. Faire les courses dans un magasin vide est une expérience étrange tout comme l’est le fait de circuler entre des rayons vides ( quelle folie les a piqué ? plus de pq, de farine, d’oeufs !!! les plus prévoyants ont mis des rouleaux au congélateur. Le monde est dingue. Nous vivons un moment absurde. Bientôt le beurre au marché noir. le point super positif, les paysans écoulent leurs productions locales sans difficulté. Comme dans les années 50, les français auront des poules et des lapins derrière la maison…quelle époque ! le progrès dans le retour au passé. Des queues devant les fermes. Il faut le voire pour le croire. Pour garder le moral et ne pas être trop contaminé par l’ambiance mortifère, nous ne consultons presque plus les infos. C’est un moyen pour garder la tête froide, aller à l’essentiel et rester vivants. Je vais donc semer encore demain et après demain. Je vous embrasse.Daniel

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